« Mais comment t’as eu l’idée de partir en Ouzbékistan ? » Voilà la question qui revient le plus souvent, il est vrai que l’Ouzbékistan ce n’est pas forcément la première destination qui vient en tête et pourtant c’est un pays magnifique, où l’on mange bien, très sûr, très propre et surtout les ouzbeks avec qui nous avons eu l’occasion d’échanger sont adorables, bref une destination totalement sous-cotée !
Nous sommes au printemps il fait moche à Paris, nous prenons alors la direction de l’Ouzbékistan et ses 35°C. Nous avons opté pour un billet combiné à savoir Paris-Ourgentch (Urgench) et un Tachkent-Paris avec Uzbek Airways, de cette façon nous allons éviter un trajet de 14h de train pour relier Tachkent à Khiva.

Le vol Paris-Ourgentch ne dure que 6 heures, nous arrivons à l’aube et avons la journée pour découvrir Khiva.

KHIVA
Nous commençons donc notre découverte de l’Ouzbékistan par la ville de Khiva dont le centre historique Itchan Kala est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1990. Le centre se situe derrière les remparts, l’accès est libre, mais si vous souhaitez accéder aux monuments (médersas, mosquées, citadelle Kunya-Ark) il faudra payer un ticket global (valable 2 jours) 150 000 soums, environ 12 euros.
Nous logeons dans une ancienne médersa à 5 minutes d’Itchan Kala c’est l’idéal pour tout visiter à pied.
Nous commençons par le mausolée Pakhlavan Makhmud (1247-1325) le saint patron de Khiva, fourreur, poète et lutteur de renom, la légende dit qu’il n’a connu aucune défaite et fut inhumé dans la cour de son atelier. En 1701 les habitants commencèrent à le considérer comme le protecteur de la ville et construisirent le mausolée sur sa tombe. L’endroit devient alors un lieu d’adoration et fut décoré de majolique blanche et bleue similaire aux sépultures des khans. Enfin, une mosquée, une médersa et quatre locaux de bienfaisance furent construits à la fin du XIXème siècle. C’est un lieu magnifique qui nous plonge directement dans l’ambiance.



Khiva vue de la citadelle Kunya-Ark

Kunya-Ark, qui signifie la vieille forteresse est le coeur historique d’Itchan Kala, c’est une ville dans la ville. La citadelle des khans de Khiva disposait d’une infrastructure protégée par de hauts murs crénelés en argile battue, sa fondation remonte aux années 1686-1688, sous le règne de Khoudayd-khan, le fils d’Anouchkhan et avant-dernier souverain de la dynastie des Chaybanides.
Minaret Kalta-Minor

Le minaret Kalta-Minor (minaret court) est un véritable symbole de la ville et son architecture est unique. Il mesure 30m de haut mais devait en faire le triple. Construit entre 1852 et 1855 sur ordre du souverain Mohammed Amin Khan qui voulait en faire le minaret le plus haut, avec une forme fuselée, le diamètre diminuant avec la hauteur. Les travaux s’arrêtèrent à la mort du souverain. Ce minaret unique est un véritable symbole de la ville et c’est surtout le premier monument que l’on voit dès que l’on passe les remparts.

La Terrassa près de l’Ark est une superbe adresse pour la vue, le service et évidemment la cuisine, ce fut notre restaurant coup de cœur. Goûtez absolument Shivit Oshi des nouilles à l’aneth qui sont une spécialité de Khiva. D’ailleurs si vous aimez l’aneth vous serez ravis, les ouzbeks en mettent partout.


Comme beaucoup de voyageurs, nous avons eu un coup de coeur pour Khiva et malgré la distance il me semble dommage d’écarter cette ville du programme. Le centre historique est certes très touristique mais reste agréable, cela n’a rien à voir avec certains sites surchargés que l’on peut visiter en Europe (Venise, Santorin…). Le calme généré par l’absence de voiture nous permet de déambuler tranquillement dans les ruelles. A la tombée du jour la plupart des boutiques ferment et l’ambiance est encore plus cosy avec des enfants qui jouent sur ces magnifiques places éclairées. Cette ville est idéale pour débuter le voyage, tout est tellement impressionnant que l’on pourrait se croire dans un décor de film.
Nous quittons Khiva pour Boukhara en train de nuit, c’est un train couchette, on vous donne le nécessaire pour faire votre lit et vous repliez tout avant de partir afin de laisser la place propre pour les passagers suivants. Le train part à 16h22 et arrive à Boukhara autour de minuit, sa destination finale est Tachkent pour le petit matin. Est-ce qu’on dort réellement dans un train couchette ? Je vous laisse répondre à cette question. Vous pouvez prendre une couchette fermée un peu plus chère, nous avons écarté cette option, non par soucis d’économies, car les tarifs sont très abordables, mais plutôt pour vivre un voyage dans le voyage.

BOUKHARA
Nous arrivons à Boukhara à minuit comme prévu, de nombreux taxis sont disponibles, il vaut mieux se mettre d’accord sur le prix de la course avant de monter (comme partout). Nous avons logé au Rayyan hôtel très bien situé dans l’ancien quartier juif de Boukhara, près du bassin.
Nous pouvons visiter à pied le bazar Toqi Telpak Furushon, l’ensemble mosquée Po-i Kalon et la médersa Mir-I Arab, la citadelle Ark, Tchor Minor ainsi que les autres médersas transformées en restaurant ou centre artisanal.
Madrasa Nadir Divan-Begi

Madrasa Ulugh Beg

Madrasa Abdul Aziz Khan

Non loin du centre de Boukhara vous pourrez traverser le bazar Toqi Telpak Furushon et arriver à l’ensemble Po-i Kalon une médersa et une mosquée qui forment un koch, c’est sans hésiter la plus belle place de la ville.

J’ai adoré voir autant de boutiques avec des machines à coudre, tout est fait sur place, on peut même passer une commande dans la journée, le plus difficile étant de choisir le tissu.
Au bazar on trouve de nombreux artisans : forgerons, couteliers, tailleurs, tisserands…
Médersa Mir-i Arab

Mosquée Po-i Kalon

Intérieur Mosquée Po-i Kalon




Intérieur de la mosquée de Kalon, littéralement « grande mosquée », sa construction fut achevée en 1514 sous le règne d’Abdullah Khan. C’est l’une des plus anciennes et des plus vastes d’Asie centrale, qui pouvait accueillir jusqu’à 12 000 fidèles.
Tchor Minor (Quatre minarets)

La médersa Tchor Minor se caractérise par 4 minarets symbolisant les 4 coins (directions) du monde. Il ne reste qu’une petite partie de l’ensemble médersa/mosquée construite en 1807 sur la décision du Calif Nyazkoul-bek, qui devait impérativement se trouver sur la Route de la Soie et signifier que toutes les parties du monde sont égales.
Pour visiter le Summer Palace à 4km il faudra prendre un taxi. On peut aussi s’y rendre en bus.
Le Summer Palace (Sitorai Mokhi Khossa) fut la résidence d’été des émirs et fut construit entre 1912 et 1918. Il est partagé en 2 grandes parties, une pour les femmes, une autre pour les hommes et se caractérise par un style plutôt éclectique.






Boukhara est une ville assez calme avec peu de circulation. Le centre-ville s’anime le soir avec une ambiance très familiale, il est courant de voir 3 générations à la même table. Le climat continental doit contraindre les ouzbeks à rester au chaud durant les mois d’hiver, ils en profitent donc dès l’arrivée du printemps. Sachant que l’Ouzbékistan et l’Afghanistan ont une frontière commune, il est d’autant plus appréciable d’assister à ce type d’ambiance.
SAMARCANDE
Après 1h30 de train express nous voilà dans la ville mythique de Samarcande ! Je n’aime pas trop les voyages en train, enfin je n’aime pas trop les voyages en train avec la SNCF, comme beaucoup d’usagers je pense que beaucoup de choses pourraient être améliorées… Mais j’ai adoré le train en Ouzbékistan : il est propre, part avec 4 mn d’avance et il y a beaucoup de choses à manger !

Khiva est une petite ville, Boukhara une ville moyenne, on sent dès notre arrivée que nous sommes dans une grande ville et pas n’importe laquelle ! A ce moment-là je ne regrette pas notre parcours, cela nous a permis de débuter dans une ambiance plus calme pour se diriger progressivement vers des villes plus animées avant le retour en France. Mais avant de penser à Roissy, concentrons-nous et surtout apprécions d’être arrivées dans une des plus belles villes d’Asie centrale : Samarcande, dont seul le nom évoque mille choses dans l’inconscient collectif. Elle fut une étape incontournable de la Route de la Soie, je vis un rêve de gosse.
Samarcande regorge de guesthouse, vous en trouverez sans problème à proximité des principaux points d’intérêts. Nous avons opté pour une guesthouse située entre le mausolée d’Amir Timur et la place du Régistan.
Je vous conseille de faire appel à un guide afin d’optimiser votre présence à Samarcande, les français et italiens sont les plus nombreux en Ouzbékistan, trouver un guide francophone sera très facile.
La journée débute à 8h30 direction Gur Emir, le mausolée d’Amir Timur. Il est connu sous le nom de Tamerlan en Occident, néanmoins les ouzbeks n’utilisent pas cette appellation jugée méprisante, Tamerlan signifiant le boiteux en raison d’une blessure à la jambe. Personnage très important dans l’histoire de l’Asie centrale son mausolée a été complétement rénové depuis l’indépendance de 1991.

Le mélange du bleu et du doré rend le lieu époustouflant.

Nous nous dirigeons ensuite vers la place du Régistan. En remontant le boulevard on aperçoit le gigantisme des médersas et la sensation fut comparable à la joie que l’on a quand « on voit la mer » en tout cas ce fut le cas pour moi ! Comptez 7 euros pour le ticket d’entrée.
La place du Régistan est composée de 3 médersas construites à des époques différentes, elles forment un magnifique koch.
- Cher Dor 1619 sur votre droite
- Ulugh Beg 1417 sur votre gauche
- Tilla Kori 1660 en face

Cher Dor

Tilla Kori

Ulugh Beg

Nous suivons notre guide pour une pause déjeuner méritée.
Partout vous trouverez du plov (riz pilaf), du lagman : nouilles épaisses servies en soupe ou sautées) et des mantis (gros raviolis à la viande ou aux légumes). L’Ouzbékistan est le paradis des shashliks (brochettes) et des baklava de toutes formes ! Amis végétariens ne fuyez pas, il est tout de même possible de trouver votre bonheur au milieu des soupes et mantis aux légumes.



La journée se poursuit vers la mosquée Bibi-Khanym qui fut construite entre 1399 et 1404, un peu trop vite pour un bâtiment de cette envergure, elle se détériore rapidement et les différents tremblements de terre n’aidèrent pas l’édifice gigantesque : 167m de long, 109m de large, deux minarets de 50m et un iwan de 35m de haut.
Sa rénovation débuta en 1974, c’est aujourd’hui une magnifique mosquée, sans doute à la hauteur du souhait d’Amir Timur qui voulait la plus grande mosquée de Samarcande. Elle porte le nom de sa femme préférée Bibi-Khanym. Plusieurs légendes concernent sa construction notamment une histoire d’architecte amoureux…




Non loin de la mosquée Bibi Khanym se trouve le marché de Samarcande. Il s’agit d’un marché couvert qui regorge de denrées en tout genre : fruits, légumes, miel, fromage, vêtements… Evidemment il y a une partie plus touristique, mais les ouzbeks viennent pour les vêtements et les légumes en grosse quantité. J’ai adoré ce marché, on peut s’y balader tranquillement, mais il est immense en faire le tour complet vous prendra beaucoup de temps.





Nous marchons un peu pour atteindre le complexe de Chah-e-Zindeh fondé au XIe siècle, au début de la dynastie des Qarakhanides. C’est un endroit hautement sacré pour les musulmans, en raison de la présence de la tombe de Qutham Ibn Abbas (cousin du prophète Mohamed). C’est aussi un trésor architectural qui attire de nombreux voyageurs.



Nous étions curieuses de voir des tapis en soie, après quelques échanges avec Zukhro nous décidons de faire un arrêt dans un atelier. Nous n’avons rien acheté et on ne vous poussera pas à l’achat, les commandes sont assez nombreuses d’après ce que nous avons compris. Ce fut l’occasion de voir de très belles pièces, apprendre la différence entre un tapis fait main et à la machine et aussi se mettre au frais un instant en cette chaude journée (35°C).

Nous reviendrons le lendemain pour profiter à nouveau de la place du Registan et prendre un café sur cette place mythique.
L’Ouzbékistan est un pays enclavé, donc pas de plage au programme. Nous voulions tout de même introduire une petite étape chill au milieu de ce voyage culturel. Nous avons donc programmé de passer un moment à Samarcande City, un nouveau quartier constitué d’hôtels de luxe, de salles de congrès, d’un canal, d’une mosquée et de quelques boutiques.



Samarcande est une ville magnifique, incroyablement restaurée en une trentaine d’année seulement. Nous aurions volontiers passé plus de temps mais un dernier train nous attend.
TACHKENT
Après 2h de train express, nous arrivons à Tachkent pour la dernière étape du voyage. La fatigue commence à se faire sentir, heureusement notre hôtel est bien situé près de l’hôtel Ouzbékistan et de l’Opéra. A Tachkent, vous pourrez vous déplacer en métro, cela vous permettra de joindre l’utile à l’agréable étant donné qu’il possède de très jolies stations à l’instar du métro de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kiev.


Statue d’Amir Timur et hôtel Ouzbékistan

Amir Timur fut un chef militaire important dans l’histoire de l’Asie centrale, il fonda l’empire des timourides. On peut voir des statues lui rendant honneur dans de nombreuses villes du pays.
L’Opéra de Tachkent ou Navoi Theater fut inauguré en 1947. L’architecte Aleksey Shusev a intégrée six foyers latéraux à l’édifice, chacun a été nommé d’après une province : Tachkent, Samarcande, Boukhara, Termez, Khiva et Ferghana.


En prenant la O’zbekiston lijn (la ligne bleue) vous pourrez vous rendre au bazar de Chorsu (Chorsu Bozori) en place depuis plus de 2000 ans. Le bazar se situe sous un dôme et de nombreux commerçants se trouvent tout autour, en réalité il occupe tout un quartier. Le nom Chorsu vient du Perse et signifie « quatre chemins ». Tachkent fut une étape importante des routes de la soie et on venait des quatre coins du monde pour trouver tout type de marchandise.


Nous avons été invitées à entrer pour voir les fours de plus près, mais nous étions un peu gênées de les déranger. Le pain ouzbek est délicieux.
Depuis Chorsu vous pouvez rejoindre à pied le complexe Hazrati Imam, qui regroupe mosquées et médersas ainsi que l’Institut Islamique de l’Imam al-Bukhari et enfin l’Administration spirituelle des musulmans d’Ouzbékistan.
Mosquée de l’Imam Hazrati et Madrasa Muyi Muborak

Médersa Barak Khan

Nous passerons les dernières heures de notre voyage à profiter de la piscine de l’hôtel, nous avons rendu la chambre et le vol retour a lieu dans la soirée. Notre petite astuce pour rester un peu plus sans payer une nuit supplémentaire.
J’avais eu des retours très positifs sur l’Ouzbékistan, je savais parfaitement que j’allais aimer cette destination, mais pas à ce point! On ne se lasse pas de tout ce bleu, cette incroyable architecture, des couchers de soleil, des mantis, des plovs et des baklavas ni de la gentillesse des ouzbeks. Ce fut un voyage magnifique.

Infos pratiques :
L’Ouzbékistan dans le monde

En France nous avons 3 h de décalage en été, 4h en hiver.
Conversion 1 euro = 12 000 soums. Les bureaux de change ne sont pas toujours facile à trouver, n’hésitez pas à demander et sachez que les hôtels peuvent aussi vous faire le change.
L’Ouzbékistan est pour l’instant desservi par Ouzbek Airways et Turkish Airlines depuis Roissy CDG.
Avant de prendre les billets je ne connaissais pas Ouzbek Airways les avis pourtant récents ne donnaient vraiment pas envie de voyager avec et pourtant nous n’avons eu aucune mauvaise surprise : les avions sont propres, couvertures si besoin sachant que le vol ne dure que 6h, plateaux repas copieux et surtout avion à l’heure et pas de perte de bagage, que demander de plus ! Rien de mieux qu’expérimenter et se faire son propre avis.
Achat de billet de train 45 jours avant le départ, sinon vous n’aurez pas accès aux réservations. Imprimez vos billets, la sécurité de la gare tamponne le billet, mais elle ne pourra pas tamponner votre téléphone…

Niveau sécurité, je tiens à préciser que nous sommes deux femmes et que pas une fois nous nous sommes senties en insécurité, même tard le soir. Alors je sais on n’est pas chez les bisounours, le pays parfait n’existe pas, mais une telle quiétude fut fort agréable. En Ouzbékistan on ne klaxonne pas ou peu, on ne crie pas même au marché, on ne bouscule pas dans la rue, les hommes sont d’ailleurs assez respectueux pour souvent vous laisser passer.
Nous n’avons pas pris de carte SIM, mais cela peut être une bonne idée pour utiliser Yandex une appli de VTC qui sera très bon marché en comparaison des taxis. Il est fréquent de voir des particuliers s’improviser taxi d’un jour, pas de panique, mais on se met d’accord sur le prix avant de monter (logique).
Guide pour Samarcande : https://karavan-travel.com/ Nous avons passé la journée avec Zukhro
Si vous souhaitez aller à l’opéra de Tachkent de nombreuses représentations sont disponibles, les représentations ne s’arrêtent pas aussi tôt qu’en France.
Nos hébergements :
KHIVA
https://www.booking.com/hotel/uz/new-star-khiva.fr.html
BOUKHARA
https://www.booking.com/hotel/uz/rayyan-bukhara-bukhara-city.fr.html
SAMARCANDE
https://www.booking.com/hotel/uz/marhabo-guesthouse.fr.html
https://www.booking.com/hotel/uz/silk-road-by-minyoun-samarkand.fr.html
TACHKENT
https://www.booking.com/hotel/uz/hyatt-regency-tashkent.fr.html
Pour se mettre dans l’ambiance :
Jules en Asie
Echappées Belles
